09
AVR
2017

Partager Noël avec un groupe de jeunes mineurs Migrants… (Version Longue)

Voici la version longue de l’article sur les migrants du Journal partages.

  • 1. Partager Noël avec un groupe de jeunes mineurs Migrants

    La communauté paroissiale est sensible aux défis de notre temps et doit répondre aux urgences

    quand les hommes d’aujourd’hui sont en souffrance. C’est dans ce but qu’une équipe de paroissiens

    s’est mobilisée durant le temps des vacances de Noël et du Nouvel An, pour organiser un accueil

    chaleureux aux jeunes mineurs Migrants, en partenariat avec le Conseil œcuménique de la solidarité

    de Lille et l’association ABEJ. Autour de cette équipe paroissiale, de nombreuses personnes ont

    répondu à l’appel des bonnes volontés pour y trouver du bonheur à participer et à partager un petit

    moment avec ces jeunes Africains venus nous rejoindre à Lille au péril de leur vie. Chacun a pu

    donner selon sa mesure en disponibilité et en ses capacités culinaires. Ce fut la joie d’une action de

    fraternité bien concrète au moment de Noël, ce moment où nos cœurs sont en attente d’un monde

    plus fraternel. Il faut préciser que c’est à la suite d’une action diocésaine vécue en début d’année

    2016, deux rencontres avec deux groupes de jeunes africains Migrants en grande majorité, la

    première en février et la seconde en décembre dernier vécue dans l’ambiance de Noël et du Nouvel

    An.

    En partant du cadre de l’action de solidarité lilloise, la paroisse a pris l’initiative, pour répondre à la

    demande de l’ABEJ, d’accueillir, d’organiser et d’animer un groupe de jeunes mineurs originaires de

    l’Afrique de l’ouest, qui ont pu découvrir durant quinze jours une ambiance conviviale et ont pu faire

    l’expérience du vécu communautaire : préparation de la table pour le repas du soir, faire la vaisselle

    et « faire la propreté, nettoyer les lieux » comme dit l’un d’entre eux. Le premier soir ils sont arrivés à

    la salle paroissiale des Glycines fatigués, peu bavards et pour la plupart transis de froid. Quelques

    consignes sont présentées pour faciliter le bien vivre ensemble. Joseph, d’origine béninoise, est à

    l’entrée pour pointer leur présence en cochant sur la liste. Puis chacun retrouve son paquetage

    (effets personnels et le sac de couchage). Les premiers soirs certains sont tentés de se recroqueviller

    sur leur matelas. La salle prend alors l’allure d’un campement. Mais bientôt, quelques paroissiens

    arrivent avec la marmite pleine de riz, la sauce pimentée accompagnant quelques morceaux de

    viande ou de poisson. Un self est mis en place pour servir chacun avec son assiette. Les langues se

    délient et l’on retrouve l’ambiance du village d’origine surtout à travers les paroles familières

    échangées en Bambara, Sarakolé, Guéré de l’Afrique de l’ouest. Après s’être restaurés, tous se

    dispersent soit pour jouer aux cartes, écouter de la musique sur la petite radio reçue en cadeau, ou

    encore quelques-uns se font aider dans la lecture et les exercices de calcul mathématique par un des

    paroissiens venus passer un peu de temps avec ces jeunes Migrants. Quelques jours plus tard, la

    communauté reconstituée va animer les soirées : danses rythmées au tam-tam, quelques paroles

    risquées au rythme du rap racontant l’abandon et l’errance, la souffrance vécue lors du départ du

    pays et de la traversée périlleuse de la mer… on se souviendra (les paroissiens et les visiteurs d’un

    soir à la fête de Noël et à la Saint Sylvestre) du passage à la nouvelle année « les douze coups de

    minuit » l’ambiance rythmée du Nouvel An en compagnie de la vingtaine de jeunes Africains

    enthousiasmés par l’attention chaleureuse que l’on pouvait ressentir à ce moment-là. Enfin, chaque

    soir, quelque uns d’entre nous (paroissien, ami et bénévole) avons passé la nuit pour réveiller les

    résidents chaque matin : « bonjour à tous, il est l’heure de se préparer à partir… Prenez le petit

    déjeuner ! » Car ce moment de convivialité devait s’interrompre le matin à partir de 7h30, chacun

    reprenant le chemin des centres d’accueil ABEJ, OZANAM avec douche et un sandwich pour la

    journée, à marcher et pour certains à chercher quelques activités de formation (alphabétisation,

    activités scolaires, culturelles et sportives). Chaque soir, retour à la rue des Glycines pour retrouver

    l’ambiance et la chaleur d’un repas chaud préparé par une paroissienne. On retrouvait les mêmes

    visages et la même ambiance, devenant chaque jour beaucoup plus fraternelle.

  • 2. Témoignages de quelques bénévoles

    • Jean Eudes

      On répondait quelque part à leur appel. On s’engageait sans savoir où on allait. La

      régulation des conflits et la tension des Migrants est permanente. L’Eglise, peuple de Dieu doit venir

      en aide aux Migrants. C’est ce qui nous a mis en marche. On accompagne alors un chemin de

      migration, une histoire dépouillement. Ces jeunes Migrants ont tout abandonné et ils sont encore

      capables de s’émerveiller, d’être joyeux. C’est pour nous un certain dépouillement, un abandon de

      nos sécurités et de nos assurances. Le fait qu’on ne pouvait pas le faire seul a été une démarche

      d’Eglise. On a réussi à tout faire avec ceux qui se sont greffés au projet et qu’on ne connaissait pas,

      ceux avec lesquels on comptait surtout…

      Quinze jeunes sont officiellement pris en charge, mais tous ceux qui sont encore

      dehors en ville, dans la rue…

      Les gens se sont bien mobilisés, ils ont apporté des vivres. L’accueil, le repas du soir, les

      nuits, le petit déjeuner… Tout a pu être assuré…

      Jean Eudes,
    • Christine

      On a pu récupérer un matelas, respecter les règles sanitaires… on a accueilli quelques

      jeunes en plus… J’avais l’impression qu’on n’allait pas y arriver. Il y avait un défi à relever. Je craignais

      les jeunes et le respect vis-à- vis de nous. Du point de vue « organisation », beaucoup de gens nous

      ont soutenu et ont apporté leur contribution. J’ai senti qu’on portait le projet tous ensemble…

      C’est nous qui avons reçu beaucoup d’eux… Il faut faire quelque chose, cheminer vers des

      engagements plus forts… croyants et non-pratiquants porter ensemble les souffrances et les besoins

      des hommes.

       

      Christine,
    • Gladys

      C’est ma première rencontre avec les jeunes Migrants. J’avais encore peur de l’ « autre »,

      pensé être agressé par des mots ou des gestes hostiles. Mais le premier jour, je me suis senti bien à

      l’aise, et je me suis davantage investi dans la préparation de la cuisine…

      Gladys,
    • Sœur Amélie

      Les paroisses peuvent disposer d’une salle pour les Migrants. En début d’année, c’est bien

      l’école Don Bosco qui a accueilli une quarantaine de jeunes mineurs Migrants plus nombreux. Cette

      fois-ci on a relancé l’expérience mais avec un groupe plus petit…

      Sœur Amélie,
    • Sœur Thérèse Nga

      Il y avait de la proximité entre les jeunes et nous. J’ai même rencontré quelques-uns

      d’entre eux dans la rue. J’ai vu comment les jeunes ont participé à la fête du Nouvel An le 31

      décembre. Il leur manque de tout et pourtant cette envie d’apprendre…

      Soeur Thérèse Nga,
    • René

      Ce qui m’a frappé c’est la mise en valeur de ce que ces jeunes Migrants vivent. C’est la

      sensibilité des gens qui est essentielle. La générosité vient ensuite, car on a reçu énormément dans

      notre paroisse… En revenant sur l’expérience vécue, comment toute la paroisse Saint Luc s’est sentie

      sensibilisée ?

      René,
    • Régis

      Sceptique quant à la communication, il y a des gens qu’il faut interpeller, il faut qu’on en

      parle, éveiller autour de nous au-delà des pratiquants.

      Régis,
    • Joseph

      C’est une rencontre réussie. Ces jeunes partant de leur pays avec tout espoir perdu. J’ai pu

      les écouter, moi-même issu du Bénin. Je ne peux dire que merci pour la générosité de chacun. Ce

      qu’ils m’ont dit : le geste qui les a frappés c’est l’enveloppe et le billet de cinq euros collecté par les

      jeunes de l’aumônerie.

      Joseph,
  • 3. Témoignages de quelques migrants

    Quand je suis arrivé aux Glycines, j’ai aimé l’accueil des prêtres et des sœurs. L’accueil était

    chaleureux. Les Sœurs essayaient de dialoguer avec nous pour qu’on ne soit plus stressés. J’ai aimé

    les quinze jours que nous avons passé là-bas… heureux de la vie commune, retrouver la confiance en

    moi avec les conseils des sœurs et des prêtres. Ce qui est marqué dans ma mémoire c’est la Saint

    Sylvestre au 31 décembre, les familles qui ont passé le jour de l’An avec nous. Je les remercie parce

    qu’ils ont donné du temps pour nous, qu’ils continuent de penser à nous. Le jour de notre départ j’ai

    aimé et remercié le geste des enfants qui nous ont donné une enveloppe… qu’ils gardent un cœur

    ouvert et on demande aux prêtres et aux sœurs qu’ils prient pour nous et que nos situations puissent

    s’améliorer, le jour où l’on retrouvera la famille dans notre pays.

    Hilaire,

    Quand je suis arrivé à la rue des Glycines, tout le monde était sympa. Je me sentais

    heureux, après ce temps où j’ai souffert et de tout ce que j’ai vécu avant… L’opportunité de vivre à

    l’église, c’était le bonheur, retrouver le sourire perdu depuis un an. Ce qui m’a marqué, c’est la Saint

    Sylvestre et le Nouvel An, tout le monde était près de nous, fiers… On a causé, on a dansé et après on

    a compté les secondes avant les douze coups de minuit. La vie en commun, le partage, les conseils,

    les bénévoles qui ont dormi avec nous… Et les enfants de l’aumônerie : Violette, Mélanie, Anna Lou

    et les autres… Amélie, Hélène, nous ont fait un beau cadeau que je ne pourrai pas oublier. Et pour

    tous les repas du soir préparés pour nous… Merci pour tout !

    Anderson,
Jessy Sengulen 16 ans jeune qui anime le site de la paroisse Saint-Luc, qui aide à l'animation dans le Valdocco et dans l'association Jean Bosco.

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